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 Voyez fils du temps comme vous manger ma peau

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MessageSujet: Voyez fils du temps comme vous manger ma peau   Jeu 3 Jan - 0:56

Voyez fils du temps.

« Il y a deux sortes de temps. Il y a le temps qui attend et le temps qui espère. »


-------Bonjour Elizabeth. Bonjour, il est vingt-deux heures. Il est vingt-deux heures, et tu ouvres les yeux. Et tu as mal au crane. Et tu ne sais plus trop où tu es. Et tu ne comprends la pénombre. Tu te frottes les yeux. Tes doigts colles un peu. Tu sens l’alcool. Tu sens la drogue, aussi. Tu as un foutu mal de crane qui te bousille joyeusement les tempes. T’as envie de te foutre de ta propre gueule, à cause de tes conneries, mais rien que l’idée, ça te lapide de l’intérieur. Tu hésites un instant à te lever. Et puis après tout, te n’as pas vraiment le choix. L’aspirine t’appelle, te demande, te prie. Alors tu ne veux pas la faire patienter trop longtemps. Un verre d’eau et tu vas mieux.

-------Et tu retournes dans ta chambre, et tu vois sur la table de nuit une superbe ligne blanche. Un appel à la luxure. Tu t’approches doucement, comme si face à toi se tenait, fier, le rescapé d’une morbide hécatombe. Tu tombes à genoux, et tu en pleurerais, tant chaque grain, chaque poussière te semble beau. Tu en trembles. Tu te rapproches petit à petit, et tu la sens déjà, avant qu’elle ne soit en toi, la blanche. Elle te colle à la peau, de l’intérieur, elle est en toi. Tu relèves une dernière fois le visage. C’est amusant, comme tu peux sembler intelligente, alors que tu fais de telles conneries. Et puis tu plonges d’un coup, et tu aspires le tout, et tu chutes longuement. Tu as gagné.

-------Bienvenue dans ton sursit, bienvenue, aujourd’hui, dans le Wasteland. Tu retombes doucement. Tu es devenue un oiseau, une plume. Tu es le vent, tu es l’air, et tu es floue. Tu deviens bonne et tu te caches. Tu sens l’amour et le sexe. Entre tes doigts, ta vie, et la musique. Renaud se colle contre ta joue, et te chante ses victoires. Brassens te tourne autour et murmure ses complaintes. Tu es en vie, tu es vivante. Tu es dans le Wasteland. Tu es le Wasteland. Tu te gausses et tu argues. Tu rentres le ventre. Tu ne marches pas, tu flottes. Tu es loin, et puis si près. Tu es morte, ou bien absolument pas. Tu es une antithèse, tu es le beau et le laid, l’élégant et le morbide, le cadavre et le veuf. Tu n’es plus ce qu’ils attendent, tu es leur cauchemar, leur ectoplasme, et tu leur crache à la gueule.

-------Tu avances doucement, et tu croises des moutons, et ça t’entoure de partout, et tu es hilare. Tu sors un pinceau de ta poche, et sans peinture, tu dessines sur leur visage des sourires tristes, et sur leur dos, en grandes lettres rouges sang, tu écris des insanités. Tu critiques le Gourou, et tu critiques l’Angleterre. Tu insultes le fascisme et tu insultes ta mère. Les gros mots se mettent en majuscule pour mieux choquer le peuple. Tu coupes de la laine, et tu la lâches au sol, et tu piétines salement, et ça te semble jouissif. Tu hésites à frapper. Tu te dis que non. Tu avances dans la foule, faisant derrière toi des trainés bleues, vertes, et un peu jaune aussi. Tu éclates de rire, sans trop savoir pourquoi. Tu deviens folle. Peut-être que tu n’aurais pas dû boire de trop avant de venir, et cette idée te fait rire plus encore. Alors tu finis par entrer dans le bar, et tu te calmes d’un coup.

-------Tu t’assois au comptoir, sur un siège à moitié miteux, et à moitié royal. Tu commandes ce qu’il y a, avec en supplément, ce qu’on ne trouve pas chez toi. Le verre est sublime lorsqu’il est posé devant toi. Tu observes et tu sens, pour être sûre que c’est ce que tu veux. Le barman te sourit, inlassablement. Aguicheur, un peu, et ridicule, beaucoup. Tu joues de ta belle gueule et rentre dans son délire, pour avoir un autre verre. Tu bois vite celui-ci, au cas où il disparaitrait. Tu savoures un peu, mais tu ne réalises beaucoup qu’après. Le liquide dans ta gorge qui brule un peu, qui adoucit. Ca ne te transporte pas vraiment, mais tu sens qu’il s’agit là du début de quelque chose, quelque chose de merveilleux. Quelque chose qui se produira, quelque chose de beaucoup plus énorme. Quelque chose qui n’en demande qu’une : une nouveau verre. Un sourire moisi au barman moisi, et te voilà avec un second verre.

-------Celui-là, tu le fais tenir plus longtemps. Sentir ses courbes entre tes mains. Le maitriser, le détailler. Savourer son odeur, et admirer la couleur. Ouvrir grand les yeux pour être sûre de tout voir. Poser la main sur le comptoir, juste à côté, le temps de réfléchir, le temps de savoir s’il faut le boire d’un coup, ou petit à petit. Ton choix est fait. Tu portes le verre à tes lèvres, et en prend une gorgée. Tu la sens dans ta gorge, et quand elle passe dans l’estomac, tu as cette impression, d’être capable de compter chacune de tes vertèbres. Tant ça te fait vibrer. Tant ça te semble bon. Tu touches le sol, et en même temps, tu es au ciel. Une gorgée de plus, et tu touches les mollets de Dieu, ce Dieu en lequel tu ne crois pas. Ce Dieu sur lequel tu craches. Un verre de plus, et tu touches l’anarchie, et tu la prends à pleine main, et elle se déverse en toi. Tu l’embrasses et tu la prends.

-------La porte dans ton dos claque violemment. Tu l’entends, ou pas, et ne te retournes pas. Tu es trop concentrée. Le bruit t’énerve, d’ailleurs. Tu sens la sueur sur ton front, et tes rides, quand la colère monte. Tu ne sais trop pourquoi, mais tu as envie de hurler à l’étranger à qu’il point il t’emmerde, et à quel point tu le hais. Comme tu le frapperais, s’il recommençait. Mais tu restes calme. Tu tiens ton sang-froid à deux mains pour qu’il ne s’enfuie pas. Tu souffles un peu, aussi, et, dans un éclair de génie, pour te calmer, tu finis ton verre, en trois rapides gorgées. Ca te fait du bien. Ta respiration ralentit un peu. Tu t’apprêtes à en redemander un, quand l’inconnu – tu t’excuses – l’inconnue s’assoit à côté de toi. Rapide regarde vers elle. Le visage t’interpelle, comme si tu le connaissais. Tu hésites un peu. Cette bourge sent Paname, et ça t’inquiète un peu. Les parigots, ils ont qu’assez rarement été tes amis, alors t’es dans le doute, alors t’es dans le flou. Alors tu te détournes, et redemande un verre. Alors tu préfères attendre qu’elle, elle sache si elle te connaît ou non.


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MessageSujet: Re: Voyez fils du temps comme vous manger ma peau   Jeu 3 Jan - 20:48

VOYEZ FILS DU TEMPS.

Tu la regardes comme elle te regarde. Désespérément. Tu ne sais même plus si elle te reconnaît, si elle sait qui tu es. Comme si le cancer, la chimio et tout ce traitement de merde lui bouffait le cerveau, le coeur et le corps. Elle délire ; elle rit, elle pleure, elle crie et elle se tait. Elle plonge ses yeux dans les tiens sans te voir, si différents, si obscurs alors que les siens, on dirait qu'ils reflètent son âme tant ils sont pâles. Elle n'a pas mérité ça, tu voudrais le crier au monde entier alors que tu jacasses à propos du beau temps, de la vie et surtout pas de la mort. Elle est dans le coaltar, elle sera peut être mieux demain. Qui sait ? Surtout pas toi. Toi, tu restes dans le doute, dans la peur et la souffrance de voir celle qui t'as fait dans un monde qui n'est pas le sien. Elle ne peut même pas lire, personne ne vient la voir à part sa fille absente pendant toutes ces années. Comme si tu t'étais soudainement souvenue de son existence, comme si tu te rendais soudain compte que oui ; tu es bien une ingrate, que oui tout est entièrement de ta faute et que oui, oui, bon dieu oui, tu devras vivre avec ça toute ta vie. Alors tu tends cette fourchette devant ses lèvres, tu lui souris comme l'idiote que tu es, tu la rassures. Et tu espères que demain tout ira mieux.

Et toi, tu es persuadée que plus rien n'ira bien jamais. C'est évident après tout. Tu ne mérites pas d'être heureuse, tu ne le mériteras jamais. Tu l'as beaucoup trop été aux dépends des autres, tu as beaucoup trop profité, insulté, rit, bu et tout le reste. Tu as eu ta part du gâteau. Trois ans d'éclate pour une vie merdique, c'était bien ça le compromis. Ca, tout le monde l'avait bien comprit sauf toi. Et tu te retrouvais bien conne, petite fille des sombres rues à errer le soir à la recherche de quelque chose, de quelqu'un, de n'importe quoi qui te sauverait, qui t'aiderait. Qui te sortirait de cet enfer. Mais non. Tu es seule et tu le resteras ; c'est ce que te crie les yeux vides des passants, le rictus de ton patron, la pitié de tes collègues. Alors, tu pars.
Ce soir, un bon joint aurait été la solution. Quelques aspirations, ton sourire béat et la question, ta peine, ta colère auraient été réglées. Mais t'as balancé toute ton herbe un soir d'automne où tout te semblait plus beau, plus rose. Un soir où tu croyais à cette illusion ; le médecin avait dit que ta mère allait mieux, tu venais de te faire engager. Une nouvelle perspective, un moyen de gagner sa vie honnêtement. Tu ne serais plus obligé de soudoyer le loyer, encore moins de montrer ton corps pour le négocier. Tout irait mieux, tu en étais intimement persuadée.
Et pourtant, regarde toi ! Tu n'es plus que l'ombre d'une âme cassée ; tes larmes refusent même de couler. Tu es vide, tu es pleine, tu es morte, tu es vivante. A moitié. Alors il n'y a plus beaucoup de perspectives ; le Wasteland te tend les bras.

Tu retrouves ton repère, ton exil et un nouvelle bouffée d'air t'emplit les poumons en te faisant presque mal. L'endroit est désert, la nuit est tombée. Et tu lui hurles des paroles incompréhensibles en te débattant contre quelques forces invisibles. Tu cognes, tu remues, tu grognes pour finalement tomber à terre, trop fatiguée pour continuer, trop dégoûtée pour pleurer. Alors quoi ? tu peux pas faire plus ? Tu te condamnes à rester à terre avec les insectes et la boue ? Tu n'as donc aucun respect pour toi-même ? Apparemment. Tu es pathétique, non ? Enfin, regarde-toi. C'est à peine si tu t'endormirais pas là, même pas bourrée. Bourrée ? Voilà un mot qui t'inspire, qui t'appelle. Voilà ce qui te faut, évidemment ! Une bonne, une énorme caisse. Juste un moyen de ne plus penser pour quelques minutes, quelques heures. Ne plus revoir tous ces visages, ne plus entendre tous ces murmures. Partir.

Tu poses tes fesses sur un des tabourets du bar, trop contente d'avoir un refuge pour la soirée, aussi pitoyable soit-il. Tu regardes l'homme qui fais ton métier, demande machinalement la première chose qui te passe par la tête. Tu te rends à peine compte qu'un regard est posé sur toi et tu hausses un sourcil en posant tes yeux sur la chevelure blonde qui encadre un visage qui t’apparaît comme trop pur pour être dans un endroit comme celui-là. T'es pas saoule, aucun problème pour la reconnaître donc. Elizabeth Belzebuth. Les souvenirs liés à elle te revienne et tu souris, ironique. C'est bien la dernière personne que t'aurais aimé voir, ce soir. C'est bien la dernière personne qui te fera du bien. La jolie demoiselle déchue , la poupée désenchantée, tu connais, t'as donné. Tu hésiterais presque à lui adresser la parole mais trop tard, elle t'a vu, tu l'as vu, vous êtes foutus. Ta langue vient claquer sur ton palais alors que le contenu de ton verre vient brûler le fond de ta gorge. T'en recommandes un autre, puis deux, autant y aller franchement. Tu sais pas vraiment quoi dire pour changer ; d'habitude, celle qui sait bien parler, c'est toi. Là, t'arrives à peine à faire une phrase correcte. « Tu te bourres la gueule toute seule maintenant ? »
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MessageSujet: Re: Voyez fils du temps comme vous manger ma peau   Ven 4 Jan - 23:24

Voyez fils du temps.

« Le temps est à ta peau le pourri de ton âme. »

-------Tu ris. Tu ris comme elle se gausse. Est-elle bien placée pour parler. Tu te rappelles, maintenant, tu es bien sûre de toi. Devant toi se tient Ariana Rosebury, un de ces vagues souvenirs qui te rattachent encore à ta vie d’avant, à ta vie sur Paris. Une de ses personnes que tu avais du mal à voir, parce que ça creusait encore un peu plus profondément ce trou en ton ventre. Comme un miroir de ce que tu aurais pu être, de ce que tu n’étais pas. Un miroir qui reflétait quelqu’un qui, selon toi, ne s’était pas encore trop foiré. N’avait pas encore tout à fait mordu la poussière. Mais ce n’était pas trop compliqué, à tes yeux.

-------Et en même temps, entre tes tempes, élan de tristesse. Tu as ce pincement au cœur, pour cette vie d’avant, celle qui, dans les moments de flou, te manque de trop. Quand tu rentres, le soir, et que l’appartement sent la fumée, et que tu sais déjà ce qui va te toucher. Londres, à tes yeux, c’est une libération en échange de nouvelles chaines. Tu te détachais, joyeuse, de tous ceux qui t’avaient trainée dans la boue à Paris à cause de Neo, pour aller te mettre au pied même de Neo. Tu quittais tes juges pour rejoindre l’assassin. Tu quittais tes fantômes pour rejoindre les ombres. L’ombre. Ton frère, demi, pour les intimes. Pour les intimes, pour toi. Pour toi, plus que ça.

-------Alors tu regardes Ariana avec ce grand sourire sarcastique comme tu sais si bien faire, depuis quelques temps maintenant, et tu ne fais pas que répondre. Tu craches un peu, aussi. Au visage des gens, de ceux qui te méprisent. Tu es un animal, et c’est là ta défense. Et tu n’as donc rien d’autre. Tu t’en contentes. Ça t’a toujours suffit. La violence, dans la bouche, suffit toujours à tout. A part ici, peut-être. A part dans le Wasteland. Ici, toi, les mots, ils ne te font plus rien. Car tu es forte, ici, car plus rien ne te touche, car tout est oublié.

    « Tu es encore lucide pour tenir debout à cette heure là, maintenant ? »


-------Tu souris un peu, dans un sublime mélange d’ironie et de mélancolie. Tu as l’impression d’être assise là où elle se serait trouvé des années auparavant, et qu’elle est à la tienne. Tu as sans doute plusieurs grammes dans le sang à l’extérieur du Wasteland, tu es un peu remplie de blanche, aussi. Ici, tu entames ton troisième verre, et tu sens bien que l’extérieur à son influence, que c’est un peu flou autour. Et Ariana, elle. Et bien elle est plus élégante qu’avant, il te semble. Comme plus vraie, ou plus vivante. Quelque chose de ce genre. Tu ne le diras pas, à cause de ton sac de fierté, mais elle est plus belle. Chaque trait est mieux dessiné, et sous ses yeux, s’il y a des cernes, ça n’a l’air que de la fatigue, et non plus de la drogue. Ses doigts, ils ne doivent pas sentir la mort comme les tiens. Si tu ne te trompes pas, elle n’a plus sous la gorge cette faux meurtrière. Cette faux qui maintenant, se plait à te poursuivre.

    « Pourquoi ? »


-------Elle te regarde étrangement. Ça semble trop clair dans ta tête, mais tu sais bien, pourtant, que plus rien ne l’est quand ça sort de ta bouche. Tu hésites. La question est peut-être indiscrète. Et puis au pire, tu sais, elle n’y répondra pas. Elle ne t’en voudra pas. Et puis au pire, tu sais, tu t’en fous légèrement.

    « Pourquoi tu es là ? Dans le Wasteland. »


-------Encore une précision inutile, mais tu ne peux t’empêcher de la faire. Elle aurait pu croire que tu la questionnais au sujet de ce bar moisi, de ces moutons miteux, de cette ambiance étrange. Ou pourquoi cette place, juste à côté de toi. Et pourquoi ce verre qu’elle tient dans sa main droite. Tu bois, en attendant sa voix. Et l’attente t’énerve, et elle t’offre des rides. Tu n’aimes pas - plus – attendre. Tout te semble injustifié, tout te semble anormal. Les formes commencent à bouger autour de toi, et tu as ce besoin irrépressible d’une voix pour te stabiliser. Mais elle ne veut parler. Tu attends quelques minutes, des heures. A moins que ça ne soit qu’un simple instant, et que tu deviennes folle. QU’en penses-tu, Elizabeth ? Es-tu folle Elizabeth ? Comme cet homme dans un hôtel perdu au fond de la montagne, avec sa femme et son fils et qui se retrouve un jour une hache à la main, ainsi prêt à les tuer. Comme ça, juste comme ça. Pour compenser, pour équilibrer, avec la folie.

-------Serais-tu capable de tuer, Elizabeth, en échange d’un peu de bon sens ? Pour être capable de laisser de côté ces pensées morbides qui, chaque jour, chaque jour d’après, hantent ton esprit. Pour oublier un instant, un instant seulement, les mains de Neo, son corps, sec, et ses yeux, un peu vides, et un peu froids, qui contemplent ta peau. Qu’échangerais-tu pour un instant simple de pure tranquillité. Comme cet homme dans son hôtel, donnerais-tu ton âme au diable ? Ne l’as-tu pas déjà donner pour pénétrer l’enceinte du pur Wasteland, si beau, si offert, sans rien d’autre échange que ton corps, un peu plus chaque jour ? Tu ne paies pas franchement à l’entrée. Tu déconnes pour toi-même, par pour le droit de venir. Ce ne serait pas juste. Tu dois quelque chose au Wasteland, n’est-ce pas ? Quoi, tu trouveras.

-------Tu te tournes vers Ana. Elle ne sourit pas. T’a-t-elle un jour réellement souri ? Tu ne saurais le dire, mais tu as cette tendance à pencher pour le non. Tu as cette tendance à croire que personé ne t’a jamais souri, d’un sourire sincère. Des sourires, tu en as croisé. Certains remontent plus que d’autres en ta mémoire, et tu préfères les oublier. Les vrais, ceux que tu voudrais pouvoir garder au fond de toi, définitivement, tu n’en as pas le moindre souvenir. Ce n’est pas un noir, une perte de mémoire, ou une quelconque connerie du genre. C’est simplement qu’ils n’ont jamais existés. Mais Ariana, dans son expression, à ce moment là, ne t’offre pas une violente hypocrisie. Une simple tristesse, qui te rappelle toi, un peu trop bien. Tu as cette envie, qui voudrait te pousser à prendre un stylo, un feutre dans ta poche, et lui dessiner sur le visage un grand sourire. Elle le prendrait mal ? Peut-être. Tu sors tout de même de ta poche un feutre rouge, un peu sang, un peu passé. Elle est immobile et face à elle son ombre.

-------Et c’est sur son ombre, là où devrait, approximativement, se trouver sa bouche, qu’avec ton beau marqueur, tu dessines un sourire. Un sourire heureux, qui porte de la joie. Qu’elle-même ne porte pas. Tu n’attends pas de réaction, range le feutre dans ta poche. C’est une habitude que tu as prise ici. Celle de vouloir, d’une manière ou d’une autre, de près ou d’un peu loin, toucher aux sentiments de ceux qui gravitent, de ceux qu’à un moment, donné ou non, tu peux croiser. Tu tiens dans tes mains – que tu crois – les clefs d’un malheur que tu ne comprends pas, et tu leur en veux de l’exposer à toi, dans ce Wasteland, aux couleurs si chaudes, ce Wasteland qui te fait tant de bien. Et pour oublier cela, ton troisième verre, tu le finis. Un mouvement de main pour voir venir le suivant, toujours aussi parfait.


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MessageSujet: Re: Voyez fils du temps comme vous manger ma peau   Dim 13 Jan - 11:16



Tu rirais presque sous ces mots aux intonations assassines, aux senteurs étrangères. Tu rirais presque si cette question ne t'avais pas laissé coite, juste incapable de répondre. Qu'est-ce que tu faisais là, Ana ? Est-ce que t'en avais ne serait-ce que le droit ? Est-ce que tu le mérite, ce pays des merveilles, cet échappatoire, ce nouveau foyer ? Non. Non, bien sûr que non. Toi encore moins que les autres. T'as tué ta mère. Tu l'as condamné. Les souvenirs te reviennent en un flash, en un éclat de rire et en quelques verres de trop. Un, deux, trois joints. Larmes, soupirs, comas. Tu ne sais pas comment t'en est arrivé là, tu ne veux pas le savoir. Tu lui en veux presque à cette poupée de cire, à ses grands yeux clairs. Qu'est-ce qu'elle y connaît hein ? Elle n'a jamais été que l'ombre d'un avenir que tu n'obtiendrais jamais, que le rappel de la vie que tu ne pourrait pas mener. Sauf qu'à cette époque, tu t'en foutais. Totalement, irrévocablement. T'aurais pu lui cracher à la gueule si tu n'avais vraiment pas de sens moral, t'aurais pu l'insulter jusqu'en mourir. Mais tu te tenais. Parce que ce n'était pas sa faute. Parce que c'était la tienne. Comme toujours.

Tu laisses tes yeux traîner sur les verres devant toi. Deux petits liquides transparents, deux petits flacons de vie. Oh, ils t'avaient tellement manqué, Ana. Depuis combien de temps ton envie n'avait pas été assouvie, depuis combien de temps tu ne t'étais pas perdue dans les bras de l’ébriété et de l'inconscience ? "Beaucoup trop longtemps" te crie ton corps, ce sale traître, ce pauvre Judas. L'odeur te brûle déjà la gorge. Et tu hésites. Parce que tu sais très bien que si tu perds cette bataille, tu repartiras en guerre. Tu le sais si bien que ça te ferait presque trembler, comme si t'étais déjà défoncée. Comme si ton pauvre cerveau essayait de te prévenir, comme si tes membres se souvenaient de toutes ces folles soirées. Pourtant, il continue de réclamer ce qui lui fait du mal, pourtant, pourtant, pourtant. Et malgré les souvenirs, la souffrance, la douleur, tu succombes. Tu t'abandonnes, tu perds salement. Comme avant.

Tu retrouves une respiration décente lorsque le troisième verre est vidé. T'entends à peine la question qui t'es posée, la deuxième. T'es toujours pas décidé répondre de toute façon. Surtout lorsqu'elle ne se résume, qu'à un seul mot, surtout lorsque la suite te fais grincer les dents. Pourquoi. Pourquoi quoi ? Tu regardes devant toi, tu soupires. Tu te mords la lèvres, tu plantes tes ongles dans tes paumes. T'étais pas prête pour un interrogatoire, t'en avais vraiment pas besoin. T'as jamais su répondre à quoi que se soit, elle était particulièrement bien placé pour savoir. Comme dans ce lycée, comme dans ce temps-là, tu laisses le silence s'installer. Mais ce n'est pas pareil. Dans le temps, tu le savourais, tu t'y plaisais ouvertement et sans aucune gêne. Tu défiais ceux qui osait te reprendre. Et maintenant ? Maintenant, c'est toi qui est gêné. Ce n'est pas comme si tu étais en cours d'histoire et qu'on te réclamais, une date, une quelconque information. C'était sérieux, presque une question existentielle. Et toi, qu'est-ce que tu te contentes de faire ? Te taire. Laisser les secondes, les minutes couler pour toi. Elles emplissent la pièce pour ton bon-vouloir, te laissant le temps de penser, de te souvenir, de trouver une explication à ta présence puis à celle de cette fille.

Tu vois à peine le feutre s'approcher de toi, même si t'observes les gestes d'Elizabeth depuis le début de votre "conversation", si on peut appeler ça ainsi. Tu restes comateuse alors que tu te fais travestir en clown. Tu la regardes le ranger et tu bois encore.

Si ce n'avait tenu qu'à toi, t'aurais pas bougé d'un pouce. T'aurais enchaîné verre sur verre. T'aurais dragué à la limite, finis la soirée avec un garçon ou une fille aussi bourré que toi ça t'aurais vraiment, vraiment suffit. Il ne t'aurais fallu que ça pour repartir sur de bonnes bases, tout recommencer, encore et t'abandonner deux semaines plus tard. Tu retravaillerais le jour suivant, un sourire si grand collé sur tes lèvres trop artificielles, trop pleines pour être innocentes, à vanter tel ou tel bière, tel ou tel vodka, tous ces produits qui te donneront envie de rechuter. Mais tu le feras pas parce que tu le sais très bien ; le Wasteland est fait pour ça. Pour te ramasser et te faire plonger, pour te récupérer et te tuer un peu plus chaque jour. Mais ça te va. Finir ivre morte une fois par mois, c'est pas si grave. C'pas comme si t'étais pas forte après tout ; t'as de la volonté, bien sûr. Autant qu'un chat affamé devant une souris fraîchement tuée.

« J'en sais rien. L'alcool est gratos ici. »

Et tu mens, encore. Pourtant, ce ne sont pas les mots qui te viennent. Pourtant, tu pourrais lui dire que c'est parce que c'est bien mieux que tout ce que t'aurais pu imaginer. Parce que t'as pas envie de réaliser que ce qu'il t'attends, dans cinq ans, c'est toi toujours seule, une bouteille à la main. Parce que t'as pas envie d'être toute seule. Parce que t'as jamais aimé la solitude, cette vieille catin qui te colle à la peau quoi que tu fasses. C'est sans doute dans les gènes, après tout. T'es destinée à finir comme ta mère, dans un hôpital ou comme ton père... quoique. Lui, tu sais toujours pas ce qu'il est devenu. Tu le sauras jamais et c'est tant mieux. Tu préfères son souvenir qui ne se résume qu'à un sourire à moitié brûlé que t'as pu sauver des griffes de ta mère. Tu préfères largement le savoir loin de toi, incapable de te faire le moindre mal plutôt que seul, tout seul, sans ta mère et sans ta soeur.

Tu ne comprends pas bien ce qu'elle fait là, la jolie Lili. N'était-elle pas une jolie jeune fille bien comme il faut ? Ne te surpassais-t-elle pas partout sauf en vol à l'arraché ? N'était-elle pas censé être ton parfait contraire et vivre le contraire de ton existence ? Tu le savais, elle était destinée à bien mieux que ça, pas à ces yeux là, à cette expression là. Elle faisait partie de ces filles qui gagnerait sa vie et lui rirait au nez ? Qu'est-ce qui s'était passé ? Au fond, mieux valait ne pas le savoir. T'es déjà pas foutu de pas te lamenter sur ton sort alors celui d'une autre ? T'en avais franchement pas envie même si c'était la moindre des politesses après ce magnifique trait de couleur qu'elle t'avait fait sur le visage. Tu passes tes doigts sur tes lèvres, te les colores un peu. Tu souris, amère.

« Qu'est-ce qui s'est passé, hein ? Elizabeth. Rien que ton prénom colle pas. T'étais pas destinée à finir avec tous ces corps étrangers dans le bide. »

Comme si vos vies étaient tracés. Te voilà maline. L'alcool a fait son chemin dans ton organisme, y a laissé sa trace et à tout défoncé sur son passage. T'es prête à sourire bêtement pour rien maintenant. Tu le fais d'ailleurs, un peu. Te revoilà devenu enfant. Et qui ne le sais pas ? T'étais insupportable gamine. C'pour ça que t'as pris son feutre, que t'as tiré la langue pendant que tu dessinais, pas droit, sur son visage. Voilà, vous étiez parfaites, toutes les deux. Deux monstres d'abruties. Deux grands sourires, l'un simplement étiré sur l'une et l'autre la bouche grande ouverte. Tu commandes deux verres de plus, pour elle aussi cette fois. La seule présence de l'alcool te fais aimer cette soirée. Te fais aimer cette fille. Même si tu ne lui avait jamais parlé auparavant.

« A la tienne. »
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